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Street scene, l’unique opéra américain de Kurt Weill, est méconnu en France –  il permettrait de réévaluer la période américaine du compositeur, occultée en Europe par ses collaborations avec Brecht. Adapté d’une pièce à succès d’Elmer Rice qui raconte l’histoire d’une petite rue de New York et des « petites gens » qui la peuplent, écrit avec le poète noir américain Langston Hughes, fer de lance de la « Harlem Renaissance » des années vingt, Street scene est cette chose rare, un opéra populaire. Elle rappelle l’ambiance de La Charrue et les étoiles, la fresque d’O’Casey sur un immeuble des quartiers populaires de Dublin. Ici aussi, les héros sont pauvres, sans gloire, américains moyens qui racontent toute l’histoire du monde – l’un est un vieux militant du Bund, juif d’Europe de l’Est, l’autre est marchand de glaces, italien et fier de l’être, les voisins sont suédois, et la commère de l’immeuble est une irlandaise qu’on verrait bien chez John Ford. Hymne au melting pot new yorkais, l’opéra n’hésite pas à attaquer de front le racisme, le conservatisme dans la classe ouvrière américaine, représenté par le personnage de Franck, et l’importance toujours plus grande de la presse à scandales.

« En usant du pastiche de styles européens (Bizet, Puccini…) et en absorbant l’idiome américain (croisement des rôles chantés, déclamés et chorégraphiques, multitude de figures secondaires, dialogue soutenu par l’orchestre), Weill réalise une synthèse qui suscitera l’admiration de Leonard Bernstein puis de Steven Sondheim. Dans Mahagonny, le song « Comme on fait son lit, on se couche » dénonce l’individualisme jusqu’au-boutiste propre au Berlin des années vingt. Street Scene, à travers son détonant « Ice Cream Sextet », déploie un chant de louanges à la culture urbaine d’une New York cosmopolite. Kurt Weill qui raffolait des drugstores et des musiques de juke-box, avait définitivement fait sienne l’American Way of Life. » (Pascal Huynh, En scène - Le journal de l'Opéra national de Paris, nov 2010-jan 2011).

 

Renaud Machart, Fenêtre sur cour multiethnique

Street scene

 

Kurt Weill / Langston Hughes

 

Adaptation et mise en scène Irène Bonnaud

Direction musicale : Jeff Cohen

 

Avec : Olivia Doray, Ilona Krzywicka, Zoe Nicolaidou, Chenxing Yuan, Marianne Crebassa, Carol GarcÌa , Letitia Singleton, Manuel Nunez Camelino, Cyrille Dubois, Alexandre Duhamel, Michal Partyka, Damien Pass, Florian Sempey, Alphonse Cemin, Chloé Ghisalberti (piano), Lorenzo Di Toro, Ugo Mahieux (chefs de chant).

 

Scénographie : Claire Le Gal – Lumière Daniel Levy – Costumes Nathalie Prats – Assistante à la mise en scène Sophie-Aude Picon – Chorégraphie Jean-Marc Piquemal – Régie générale Jean-Pierre Ruiz.

 

Production déléguée : Atelier lyrique de l’Opéra National de Paris

Photos : © Mirco Magliocca

Maurrant

Je dirige ma propre famille comme je l’entends !

Lippo

Voilà. Ça c’est la philosophia qu’on retrouve dans l’impérialismo et la guerra et l’exploitation des travailleurs. C’est la base d’un système socio-economico …

Maurrant

Allez vous faire voir, vous et votre foutaise communiste !

J’ai été ouvrier toute ma vie et je n’ai rien à dire contre notre système.

Olsen

On est dans un pays très riche. 

Jones

Y’a pas de doute !

Lippo

C’est sûr, on est riches ! Mais au premier, y’a la Signora Sanchez avec le bambine che peut plus payer son loyer et la loi bourgeoise, elle donne au propriétaire lé droit dé la foutre dehors.

Moi je pense, il faut une nouvelle conception della societa, fondée sur les besoins humains, sur la générosité, pas sur l’avarice, et ça, ça demandera peut-être la revoluzione...

Maurrant

Ah ouais ? Le problème, c’est qu’on n’en veut pas, de votre révolution, dans ce pays.

Mrs Jones

J’vois très bien où il veut en venir ! Apprendre aux enfants qu’y’a pas de dieu et que leurs grands-pères étaient des singes.  

Maurrant

Ouais, on en a assez entendu ! Feriez mieux de la fermer ou j’vais vous donner une leçon!

 

Création le 18 décembre 2010 à l’amphithéâtre de l’Opéra Bastille

 

Développé avec Berta